Expat: l’envers du décors

expat (2)

J’avais juré-craché, je ne parlerai pas de choses trop personnelles sur le blog. Et puis je me suis demandée, peut-être que… J’ai créé un brouillon, copié-collé un poème trouvé sur un autre blog, pensé m’y remettre plus tard et deux ans se sont écoulés.

Je me suis rendue compte que j’avais arrêté de lire beaucoup de blogs justement parce qu’il n’y avait plus rien de personnel à leur sujet, plus rien d’attachant à l’auteur. Alors je me suis décidée!

J’ai quitté la France il y a plus de 7 ans. Au départ, c’était pour 6 mois et de fil en aiguille ça s’est prolongé. Etant plus jeune, vivre dans un autre pays n’a jamais fait partie de mon plan de vie. Si je suis partie, c’était plus pour cocher la case expérience professionnelle à l’étranger qu’autre chose. Si vous avez fait vos curieux et lu notre page « about », vous savez que je travaille dans l’industrie de la parfumerie. C’est un univers fascinant mais les places sont chères et la mobilité ouvre des portes. C’est quelque chose dont je me suis rendue compte en commençant ma carrière et que je me suis imposé parfois à regrets. Bref, je ne me suis jamais dit « quand je serai grande, j’irai vivre à Londres ». En tant que bonne parisienne, je ne voyais pas pourquoi j’aurais besoin de déménager vu que j’étais déjà dans la plus belle ville du monde, capitale de la mode et de la parfumerie. Hum, j’étais bien naïve!

A la fin de mes études, je suis donc partie en Allemagne pour 6 mois qui se sont transformés en un peu plus d’un an. Je quittais le nid familial, ma maîtrise de la langue était aléatoire, je partais à l’aventure, toute seule comme une grande. Dans ma tête, c’était temporaire et pour cause de boyfriend en France, je rentrais souvent le week-end. Cela ne m’a pas empêché de profiter de l’expérience et d’en garder de très bons souvenirs. Mais je me souviens aussi très clairement de ce que j’ai ressenti en rendant les clés de mon appartement. Une page se tournait et je ne remettrai probablement plus les pieds là bas. C’était comme si une partie de moi restait là bas.

Apres ça, j’ai enchaîné avec l’Espagne. Cette fois, je partais avec ma moitié. Fraîchement mariés, c’était un challenge. Ni l’un ni l’autre ne parlions espagnol, nous n’avions jamais vraiment vécu ensemble et mon hubby* avait démissionné de son job pour me suivre. On aurait pu rester en France mais j’avais le sentiment de ne pas pouvoir trouver de boulot en étant aussi junior. Donc quand l’occasion s’est présentée, on y a réfléchi et on s’est mis d’accord sur le fait que c’était une sorte de nouveau départ et qu’on avait tout à y gagner. Je me souviens très précisément du moment où on a pris la décision et de mes larmes inarrêtables. Dans le fond, je n’avais aucune envie de partir mais c’était le choix rationnel.

Les deux années passées là bas ont été complètement dingues. On a appris l’espagnol en quelques mois, on est tombé amoureux du pays et du style de vie. Comment résister au soleil, la plage, la montagne, les fruits et légumes à moins d’1€ le kilo, les tapas, les barbecues sur les toits au mois d’octobre, les soirées cosmopolites et tellement d’autres choses si attachantes? Pourtant, dans un pays en crise, il n’est pas évident de trouver du boulot pour mon hubby. Les fins de mois sont serrées, nous n’avons pas les moyens de rentrer en France souvent et les fêtes familiales se font souvent sans nous.

Et puis un soir, en rentrant du bureau, je checke mes mails comme d’habitude. Et là, une opportunité inespérée, le genre de truc où il faut avoir une sacrée bonne raison pour dire non. Le hic, c’est en Angleterre… Quitter le soleil espagnol pur la pluie anglaise, c’est pas très sexy, sans même avoir la famille et les amis pour compenser. Mais il faut être raisonnable, et opter pour un boulot plus stable et qui m’ouvrira plus de portes. En un mois, nous faisons nos cartons, rendons notre appart’, disons au revoir à nos amis et partons avec le sentiment de ne pas en avoir profité assez. Chaque fois qu’on y retourne, on a l’impression de rentrer à la maison. Notre cœur est resté là-bas.

L’arrivée en Angleterre, c’est la douche froide. Au propre, comme au figuré. Il fait froid, il pleut, je pensais parler anglais mais je ne comprends rien, je ne sais plus de quel côté regarder en traversant, j’ai l’impression d’être une petite vieille à regarder les pièces sous toutes les coutures dans mon porte monnaie quand je fais les courses. L’Espagne me manque, beaucoup. En Angleterre, je suis la française, et en France, je suis l’anglaise. Je suis un peu perdue, je ne me sens pas chez moi, je me dis que ça s’arrangera. Les mois passent et rien ne change. J’adore mon nouveau boulot, je sais que j’ai fait le bon choix mais rien n’y fait. On a du mal à s’intégrer, il y a des gros chocs culturels. On compare avec nos expériences précédentes et ça n’arrange rien. Pourtant on a besoin de poser nos valises et de penser à la suite. On décide de persévérer et de tirer partie au maximum des avantages que nous avons ici.

Aujourd’hui ça fait plus de 4 ans. J’ai dû dire adieu à des personnes proches à distance. J’ai cruellement souffert du système de santé plus que spartiate. Je sais que je ne resterai pas éternellement mais je ne sais pas non plus quand je rentrerai en France. Je ne sais pas si j’arriverai à me réadapter à la vie professionnelle « à la française », aux transports en commun et à un appartement. J’ai pourtant envie que bébé Santal grandisse en France. Je me dis souvent qu’on ressentira le besoin de repartir au bout de quelques années.

Si, avant de partir la première fois, on m’avait donné la liste des conséquences et sacrifices liés à mon départ à l’étranger, je serais restée. Je n’ai pas de regrets. J’ai fait des choses dont je ne me serais jamais crue capable mais je trouve  parfois que le prix à payer est un peu cher.

Je ne prétends pas donner de grande leçon sur l’expatriation. J’ai toujours fait le choix de rester à une distance raisonnable de la France pour pouvoir faire un aller-retour en cas de nécessité. Je sais juste qu’on incite beaucoup les gens à partir. C’est une expérience très enrichissante c’est sûr mais ça ne s’arrête pas là.

Edmond Haraucourt, Rondel de l’adieu, paru dans Seul en 1890.

Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu.
Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu…
Partir, c’est mourir un peu.

 

Love,

Iris

*hubby: abréviation de husband, mari en anglais.

6 réponses à “Expat: l’envers du décors

  1. Dur dur!
    J’aime bien ce billet plus personnel comme tu dis et surtout qui nous montre que la mobilité, l’expat’ ce n’est pas si évident. En tout cas que ce n’est pas anodin.
    Aujourd’hui on nous présente tellement cette expérience comme un passage obligé et facile…

    • C’est tout à fait ça pour le passage obligé! On nous fait croire que l’expat c’est l’auberge espagnole alors que la réalité est bien différente. Sur le long terme, les conséquences dépassent largement l’engagement de départ.
      A bientôt sur le blog!

  2. Très joli article. On fait effectivement des sacrifices en partant mais c’est tellement enrichissant.
    En ce qui me concerne…je serais partie. J’aurais suivi le même chemin car je préfère tellement la personne que je suis aujourd’hui!

    Je pense que votre « intégration » est difficile car vous êtes encore nostalgique de l’Espagne et c’est tout à fait normal. Donnez vous du temps en essayant de ne pas trop vous retourner sur le passé. Et puis qui sait, peut-être y retournerez-vous?!

    Bonne continuation. Cheers🙂

    • L’enrichissement est indéniable et ça paie! Je crois cependant qu’il y a des pays et des villes qui nous correspondent plus que d’autres. Parfois je me demande si le jeu en vaut la chandelle et la réponse est oui pour le moment. Quand je dis que je ne le referais pas si je savais tout ce qui m’arriverait c’est parce qu’à l’époque j’étais beaucoup moins battante. Je reste convaincue d’avoir pris les bonnes décisions et ça c’est important!
      Bonne continuation à toi aussi!

  3. C’est que lorsque l’on part on se dit toujours que c’est pour quelques années et qu’on reviendra ensuite. Dans un grand groupe c’est sûr que c’est plus facile. Mais franchement quand on me dit au boulot qu’il y a de super opportunités de carrière en Asie – Pacifique, je ne sais pas pourquoi mais franchement ça ne ma fait pas du tout fantasmer. IL faut délocaliser toute la famille et avec des ados c’est loin d’être gagné ! Plus près sinon le Portugal ou la Pologne. C’est moins loin mais pas plus évident. A l’époque où dans un couple les deux font carrière c’est juste mission impossible. Je suis bien à Paris. Je trouve que j’ai beaucoup de chance.
    Mais le monde du travail en France n’est pas si terrible que cela. Il ne faut pas dramatiser, ni d’ailleurs la vie en région parisienne.

    • Partir avec des enfants ça pose beaucoup de questions et de complications: école, santé, lien avec la famille… Je salue le courage de ceux qui le font! Quand on a pris goût à l’expatriation et à ce sentiment que tout est possible, qu’on peut faire ses cartons dans le mois qui vient pour aller vivre ailleurs, c’est grisant et aussi flippant parfois!

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